Sunday, February 18, 2007

Ardoise, Philippe Djian, et Rester Vivant, Michel Houellebecq

Je discutais avec mon ami L'hareng Goret, qui sortira bien son double album un jour ou l'autre. Il me parlait de l'Illusionniste. Ce film, comme pas mal d'autres, peut finalement révéler plusieurs lectures. Que L'hareng, qui devrait sortir son double album sous peu, y ait vu quelque chose qui m'a échappé m'a soudain donné une meilleure image du film.
Je discutais avec Etienne. Nous parlions d'Ardoise, de Philippe Djian, qui est probablement le livre que je préfère de lui. En le citant, j'ai cru lire dans le regard d'Etienne un accent circonspect. Djian a mauvaise réputation chez les lettrés, c'est vrai. Ca m'a frappé à ce moment-là. J'ai donc décrit à Etienne, pour le convaincre de l'intérêt de cet auteur, sa façon de travailler. "Tout est expliqué dans Ardoise.", a-t-il falu conclure. Toutes les clés pour comprendre l'oeuvre de Djian sont dans Ardoise, qui lui-même est une sacrée porte. Ciselée à merveille, mais c'est une autre histoire.
Quand je pense à Ardoise j'y associe assez systématiquement Rester Vivant, de Houellebecq. C'est dans ce livre, le vrai premier de l'auteur, que tout est expliqué. Tous les détracteurs de Houellebecq devraient le lire, ne serait-ce que pour comprendre comment ils sont tombés dans le piège et mieux affuter leurs armes. Rester Vivant est un manifeste exceptionnel, respecté à la lettre. Les livres qui suivent sont l'argumentation déroulée d'un plan d'action génialement exposé. Une vision implacable, mise en oeuvre pierre après pierre. Là encore, le livre est une clé qui dénoue les nombreux niveaux de lecture de Houellebecq.
Ca peut-être dérangeant, de considérer un livre comme une expérience. L'idéal reste quand même le livre comme pure giclée créative. Une performance inexplicable. Un monde créé rond sans raison, sauf que c'est beau. C'est un peu ce que je lis chez Kerouac, encore une fois.
En même temps, discuter avec un ami d'un livre partagé et aimé pour des raisons différentes, quel bonheur.
Je voudrais tant écrire des livres à plusieurs niveaux de lecture.

A part ça, Microfictions aurait tout pour me séduire, à commencer par un style qui me souffle. C'est le systématisme de la noirceur qui m'en écarte. Je ne suis pas d'accord avec cette vision d'un monde sans appel. Je ne picorerai pas avec un plein plaisir les histoires superbes de Régis Jauffret. Merci à lui de m'en avoir fait prendre conscience.

3 comments:

Michel said...

Suis assez d'accord sur Microfictions - En fait, je crois que c'est à lire à toute petite dose - 1,2 voire 3 ensemble, pas plus. J'aurais également préféré que Régis Jauffret élargisse son champs d'investigation. C'est ma réserve face au livre ; je vois que je ne suis pas le seul.

Bertrand Ploquin said...

J'ai d'ailleurs un peu le même sentiment pour Les bienveillantes, mon cher Michel. A ceci prêt qu'il s'agit d'un roman. La dramaturgie y est donc prédominante, dimension absente de Microfictions (quoique...). Qu'en penses-tu ?

Etienne said...

Suis assez d'accord avec le regard d'Etienne